Salaire d'un médecin généraliste : honoraires, BNC et net

Un médecin généraliste libéral ne touche pas de salaire : il encaisse des honoraires, en déduit ses charges, et ce qui reste constitue son revenu. La CARMF a relevé un revenu net d’activité indépendante moyen de 89 238 euros par an pour les généralistes sur l’exercice 2023. Trois notions différentes se cachent derrière un seul mot.
Ce texte décrit un cadre économique et administratif. Il ne porte sur aucun acte de soin et ne remplace ni l’avis d’un expert-comptable, ni celui des caisses compétentes, seules habilitées à confirmer une situation individuelle.
Salaire, honoraires, BNC : trois mots pour trois montants
Le mot salaire suppose un employeur, une fiche de paie, des cotisations prélevées à la source. Rien de tout cela n’existe dans l’exercice libéral, qui reste le mode d’activité de la majorité des généralistes de ville.
Le praticien libéral encaisse des honoraires bruts : la somme de ce que versent les patients et l’Assurance maladie. De ce total, il retranche l’ensemble de ses charges professionnelles, du loyer du cabinet aux cotisations sociales. Le solde, déclaré à l’administration fiscale, forme le bénéfice non commercial, le fameux BNC.
Un troisième niveau existe désormais. La CARMF, caisse de retraite des médecins libéraux, explique que le BNC seul reflète de moins en moins la réalité financière du secteur indépendant, et publie un agrégat plus large, le revenu net d’activité indépendante, qui intègre les rémunérations forfaitaires comme la rémunération sur objectifs de santé publique, le forfait structure, les revenus de gérance et les primes Madelin.
| Niveau | Ce qu’il mesure | Ce qu’il ne dit pas |
|---|---|---|
| Honoraires bruts | Tout ce qui entre sur le compte professionnel | Rien des charges, donc rien du revenu |
| BNC | Le bénéfice fiscal après charges déductibles | Ignore forfaits, gérance et Madelin |
| Revenu net d’activité indépendante | L’agrégat retenu par la CARMF | Reste un revenu avant impôt sur le revenu |
Comparer un chiffre de généraliste à un salaire de cadre suppose donc de savoir lequel des trois est cité. C’est la première source de confusion dans les discussions sur le sujet.

Combien gagne un médecin généraliste, chiffres à l’appui
Les statistiques de la CARMF portant sur les revenus 2023 donnent un repère solide : 89 238 euros de revenu net d’activité indépendante en moyenne pour un généraliste, contre 121 320 euros toutes spécialités confondues, sur une base de plus de 111 000 médecins libéraux.
L’écart entre généralistes et spécialistes n’a rien d’anecdotique, et il se creuse ou se resserre selon les années. Sur l’exercice 2022, la même caisse avait enregistré un recul général des revenus de 3,89 % sur 102 270 déclarations, avec une baisse nettement plus marquée chez les généralistes, à 5,72 %, que chez les spécialistes, à 2,65 %.
Une moyenne cache pourtant une dispersion considérable. Le volume d’activité, le nombre de jours travaillés, la taille de la patientèle, le poids du loyer et le choix d’un secrétariat physique ou externalisé font varier le résultat dans des proportions bien supérieures à l’écart entre deux années.
La DREES, service statistique des ministères sociaux, apporte une nuance méthodologique utile : elle ne reprend pas le BNC tel quel et recalcule un revenu libéral homogène pour tous les médecins, quel que soit le cadre juridique dans lequel ils exercent. Deux publications sérieuses peuvent donc afficher deux montants différents sans que l’une se trompe.
De la consultation à 30 euros au revenu réellement perçu
Le tarif de la consultation de référence du généraliste de secteur 1 est passé à 30 euros le 22 décembre 2024, dans le cadre de la convention médicale 2024-2029 signée avec l’Assurance maladie. La Sécurité sociale en rembourse 70 %, soit 21 euros sur la base de ce tarif.
Ce montant ne rentre pas dans la poche du praticien. Entre l’encaissement et le revenu s’intercale une chaîne de charges dont la structure varie fortement d’un cabinet à l’autre :
- Les cotisations sociales personnelles, versées à l’URSSAF et à la CARMF.
- Le loyer ou l’échéance de l’emprunt du local, et ses charges courantes.
- Le secrétariat, physique ou téléphonique, souvent le premier poste après le local.
- Le matériel médical, l’informatique et les logiciels métier.
- L’assurance de responsabilité civile professionnelle et la formation continue.
La conséquence est arithmétique : deux médecins qui facturent le même volume d’honoraires peuvent déclarer des BNC très éloignés. Raisonner en euros par consultation ne dit donc rien du revenu, seulement du chiffre d’affaires.
Secteur 1, secteur 2 : ce que le conventionnement change
Le secteur de conventionnement détermine la liberté tarifaire. En secteur 1, le praticien applique les tarifs fixés par la convention, sans dépassement en dehors de situations encadrées. En secteur 2, il pratique des honoraires libres, avec tact et mesure, et supporte en contrepartie une prise en charge partielle de ses cotisations bien moins favorable.
La quasi-totalité des généralistes exerce en secteur 1, ce qui explique que la question du dépassement pèse peu dans les revenus de la médecine générale, contrairement à certaines spécialités. Le levier de revenu, chez un généraliste, se situe presque entièrement du côté du volume d’activité et des rémunérations forfaitaires, pas du tarif de l’acte.
Autre point : l’accès au secteur 2 est réservé à des parcours précis, ce qui en fait une option théorique pour la plupart des médecins de premier recours.

Salariat en centre de santé ou à l’hôpital : l’autre modèle
Un médecin généraliste peut exercer sous contrat de travail, dans un centre de santé géré par une association, une mutuelle ou une collectivité, ou en établissement hospitalier. Le vocabulaire change alors de sens : il perçoit bien un vrai salaire, avec fiche de paie, cotisations retenues à la source, congés payés et protection sociale du régime général.
Cette bascule modifie l’équation économique dans les deux sens. Le salarié ne supporte ni loyer, ni secrétariat, ni matériel, et ne subit pas les variations d’activité liées aux vacances ou à un arrêt. En contrepartie, il ne capte pas la totalité de la valeur de son activité, et sa rémunération reste bornée par la grille applicable à sa structure.
La différence entre les deux statuts se joue moins sur le montant affiché que sur ce qu’il recouvre. Un revenu libéral s’entend avant charges de fonctionnement et avant cotisations personnelles ; un salaire brut s’entend après prise en charge de tous les moyens par l’employeur. Comparer les deux sans ce retraitement conduit systématiquement à une conclusion fausse.
La distinction entre maison de santé et centre de santé tient précisément à ce statut, comme le détaille notre repère sur le fonctionnement d’une maison de santé pluriprofessionnelle.
L’exercice coordonné en maison de santé : un revenu de structure
Rejoindre une maison de santé pluriprofessionnelle ne transforme pas un libéral en salarié. Chacun conserve sa patientèle, sa comptabilité et ses honoraires. Ce qui s’ajoute, c’est une rémunération versée à la structure, pas aux personnes.
L’accord conventionnel interprofessionnel, signé en 2017 avec l’Assurance maladie puis actualisé en 2022, en fixe les règles. La rémunération se calcule en points valorisés à 7 euros, répartis entre points fixes et points variables selon la patientèle et le nombre de professionnels associés, avec un montant minimum de 20 000 euros. Le versement intervient au plus tard le 30 avril de l’année suivante, une avance de 60 % étant prévue lorsque les indicateurs socles sont atteints sur une année complète. L’Assurance maladie met à disposition une calculette en ligne pour simuler ce montant.
Ce financement sert d’abord à faire fonctionner l’équipe : coordination, temps administratif, système d’information partagé, protocoles. Il ne se distribue pas mécaniquement en complément de revenu individuel, et sa répartition dépend des statuts de la société interprofessionnelle. Son effet sur le revenu du médecin est donc indirect, par la décharge de tâches et la mutualisation des coûts, plus que par un virement supplémentaire.
Le partage des rôles au sein d’une équipe coordonnée éclaire ce mécanisme, comme le montre notre présentation de l’équipe d’une maison de santé.
Zones sous-dotées : ce que les aides changent vraiment
Un territoire comme l’Oise concentre plusieurs des facteurs qui pèsent sur l’activité : patientèle nombreuse par praticien, forte demande de médecin traitant, distances à couvrir. Le volume d’actes potentiel y est élevé, ce qui tire mécaniquement les honoraires vers le haut pour qui accepte cette charge de travail.
Des dispositifs conventionnels complètent ce mécanisme. Le contrat d’aide à l’installation, plafonné à 50 000 euros par médecin en zone d’intervention prioritaire, contre l’engagement d’exercer au moins deux jours et demi par semaine pendant cinq ans, relevait de la convention précédente et n’était souscriptible que jusqu’au 31 décembre 2025.
La convention 2024-2029 lui substitue un régime différent au 1er janvier 2026 : une aide forfaitaire de 10 000 euros pour une installation en zone d’intervention prioritaire, 5 000 euros en zone d’action complémentaire, versée dans les trois mois suivant l’installation. Elle s’accompagne d’une majoration de la part socle du forfait médecin traitant en zone prioritaire, de 50 % la première année, 30 % la deuxième et 10 % la troisième.
Le montant brut de ces aides impressionne moins que leur logique : elles couvrent le démarrage, pas la durée. Le revenu d’installation en zone sous-dotée dépend d’abord de la patientèle disponible, comme le rappelle notre parcours pour trouver un médecin traitant dans l’Oise.

Débuter : remplacement, collaboration, installation
Les premières années suivent rarement la moyenne nationale. Le remplaçant perçoit une rétrocession d’honoraires, c’est-à-dire une fraction de ce qu’il facture, le titulaire conservant le reste pour couvrir les charges du cabinet. Il travaille sans local ni patientèle propre, avec un revenu directement proportionnel au nombre de jours acceptés.
Le collaborateur libéral, lui, utilise les locaux et le matériel d’un confrère contre une redevance, tout en développant sa propre patientèle. La formule intercale une étape entre le remplacement et l’installation, avec un revenu qui monte à mesure que la patientèle se constitue.
L’installation en propre inverse la logique : les charges arrivent avant la patientèle. Les premiers mois combinent investissement, montée en charge progressive et décalage de trésorerie lié au paiement différé de certaines rémunérations forfaitaires. C’est la raison pour laquelle un revenu de première année ne se compare pas à une moyenne calculée sur des carrières installées.

Lire un chiffre sans se tromper
Trois réflexes suffisent à interpréter n’importe quelle publication sur le sujet. Vérifier de quel agrégat il s’agit, honoraires, BNC ou revenu net d’activité indépendante. Repérer l’année de référence, les statistiques disponibles portant toujours sur des exercices clos depuis un ou deux ans. Identifier la source, la CARMF et la DREES ne mesurant pas exactement la même chose.
Prochaine étape pour qui envisage cette voie : faire chiffrer par un expert-comptable un prévisionnel adossé à un territoire précis, avec le loyer réel, le coût du secrétariat et le volume d’actes atteignable. C’est le seul calcul qui vaille, la moyenne nationale ne servant qu’à situer un ordre de grandeur.